Cette page est écrite hors de la fiction.
L’artiste
Je m’appelle Aël. Depuis toujours, on représente nos dieux et nos grandes figures au sommet d’eux-mêmes : le geste noble, le regard au loin, le marbre sans défaut. Ces statues disent moins ce qu’ils étaient que ce que nous voulions être.
GLiTCH part de cet écart, qui m’amuse beaucoup. Chaque œuvre garde la pose, le drapé et la dignité de son modèle. Un seul objet change : un objet de nos journées. Il suffit souvent à dire où nous en sommes.
Je ne regarde pas ce monde de haut. J’en fais partie, avec mes écrans, mes réserves et mes propres paradoxes. Le musée qui expose ces œuvres n’existe pas encore. Il fait ce que font les musées : il prend tout au sérieux. Dans une salle, il se tait.
Mon rêve, c’est qu’il existe pour de vrai. Si ce projet trouve son public, tout ce qu’il rapporte sera réinvesti pour sortir les statues de l’écran : d’abord de petites pièces en vraie matière, puis, un jour, les treize œuvres en taille réelle, dans de vraies salles, avec leurs cartels, leur cordon et leur gardien de nuit.
Ce serait, je crois, le plus bel accomplissement de ma vie. Et j’en rirais encore, parce que rien n’y serait tout à fait inventé.
Aël